Grève contre la marchandisation du sang

La guerre du sang est lancée : les salariés des établissements de don du sang (EFS) ont fait grève le 27 janvier, pour dénoncer la fin de leur monopole.

La collecte et la production de plasma thérapeutique pourraient désormais être aux mains de laboratoires privés, entraînant la suppression de centaines d’emplois.

Vers une marchandisation des produits sanguins ?

Les salariés du don du sang sont en colère. Le 27 janvier, les syndicats des Etablissements Français du Sang (EFS) ont fait grève partout en France. En cause : l’abandon d’une partie de le secteur d’activité aux mains d’entreprises privées… Cette décision fait suite au verdict du Conseil d’Etat en juillet 2014, qui force l’EFS à mettre fin à son monopole. L’état a jugé que la fabrication d’un type de plasma thérapeutique (le plasma SD) était un procédé industriel, donc ne relevant plus du rôle de l’EFS, mais d’une entreprise pharmaceutique. La production de plasma SD fait intervenir des détergents, pour éliminer tous les virus présents dans des litres de sang mélangés.

A quoi sert le plasma ?

Le plasma humain est utilisé dans la composition de certains médicaments. Les protéines extraites de cette substance jaune et liquide sont utilisées en soins intensifs, immunothérapie et dans le traitement de l’hémophilie. Quatre à cinq dons de sang sont nécessaires pour obtenir un litre de plasma, puis quatre à cinq doses de médicaments.

A partir du 1er février, c’est donc tout une branche d’activité de l’EFS qui va disparaître, sacrifiant ainsi une cinquantaine d’emplois. “Le gouvernement semble être sur le point d’abandonner la filière du plasma thérapeutique issu du don de sang éthique en France” explique les syndicats dans un communiqué, dénonçant la pression des lobbyings pharmaceutiques sur l’Etat.

La fin du monopole sur la collecte inquiète

Plus que la suppression d’une de leur branche de production, les syndicats craignent que tout le monopole de l’EFS soit remis en question. Selon eux, la collecte de sang pourrait bientôt passer aux mains de laboratoires privés, ce qui entrainerait la perte d’un millier d’emplois d’ici 2016…

Le Laboratoire Français de Fractionnement (groupe public qui récupère des protéines du sang collecté à des fins thérapeutiques) pourrait aussi être autorisé à collecter du sang. Une mesure qui choque les salariés de l’EFS, qui rappellent que la séparation entre collecte et fractionnement date de 1993 et permettaient d’éviter les conflits d’intérêts, à la suite de l’affaire du sang contaminé… A l’époque, des lots de sangs que le collecteur savait contaminés avaient tout de même étaient fractionnés, provoquant un désastre sanitaire.

Contre la marchandisation du sang

La loi Macron, actuellement débattue à l’Assemblée, prévoit d’ouvrir aux actionnaires le capital de l’EFS, jusqu’alors détenu à 100% par l’Etat. Pour les syndicats, c’est le signe d’une déréglementation totale du modèle français, basé sur la solidarité et la gratuité… Le capital pourrait par exemple être ouvert aux industries pharmaceutiques.

L’EFS ont lancé une pétition pour dénoncer “la marchandisation du sang et pour le maintien du don éthique“, qui a déjà recueillis 28.000 signatures. Au 27 janvier, leurs demandes n’ont toujours reçu aucune réponse du ministère de la Santé.

 

SOURCE: http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-greve-contre-la-marchandisation-du-sang-15426.asp?1=1